« L’Europe, un géant qui ne doit plus s’ignorer »

En conclusion de ce dossier, Ciryl Chabanier, président confédéral, trace le portrait de l’Europe souhaitée et défendue par la CFTC.

La CFTC a toujours été particulièrement attachée à la construction européenne comme force de paix, de démocratie et de croissance. Elle a soutenu, dès les années 1950 et tour à tour, l’émergence de la Communauté économique du charbon et de l’acier (Ceca) puis de la Communauté        économique européenne (CEE).

En outre, pour notre organisation, les récentes crises successives (sanitaire, énergétique, commerciale avec les droits de douane additionnels appliqués par les États-Unis sur les exportations européennes) ont mis en lumière la nécessité de sécuriser nos sources d’approvisionnement et d’avoir une véritable démarche européenne en matière de souveraineté économique, numérique (notamment avec l’intelligence artificielle) et industrielle.

En effet, pour faire face à ces crises, les réponses — en matière d’investissement dans la recherche et le développement, d’intelligence artificielle… — doivent être pensées et mises en œuvre à l’échelle européenne pour plus d’efficacité et d’efficience. Parce que l’Europe dispose de la « taille critique » pour concevoir, fabriquer, écouler, recycler tous les biens et services nécessaires à son indépendance. Pourtant, la production européenne reste trop souvent fragmentée, par exemple dans le domaine du ferroviaire, où l’Europe compte de multiples réseaux ferroviaires nationaux distincts, avec des systèmes de signalisation ou des écartements de rails parfois différents.

Pour cela, l’Europe doit prendre conscience de sa puissance pour ne plus être, ce qu’elle est encore trop souvent, un géant qui s’ignore. En effet, contrairement à ce qui est souvent avancé, l’Europe n’est pas un nain économique ou politique. Le PIB cumulé des pays membres de l’UE fait d’elle la deuxième puissance économique mondiale, à égalité avec la Chine (environ 18 000 milliards d’euros en 2024). L’UE est également une puissance démographique importante (449 millions d’habitants contre 335 aux États-Unis).

Dans le cadre de la CES ou du Cese européen (cf. page 25), où notre mouvement siège, la CFTC pèse de tout son poids pour relayer ce message d’une Europe puissante, vecteur de progrès économique, écologique et social. Notre organisation défend tout particulièrement l’idée d’une Europe plus sociale, où la performance économique n’a de sens que si celle-ci contribue à préserver à long terme notre modèle social qui fait notre force. À ce titre et comme évoqué par Anne Chatain, la CFTC a poussé au sein de la CES pour une homogénéisation des salaires minimaux à l’échelle européenne (avec une directive adoptée sur ce sujet en 2022).

Comme dans les années 1950, l’Europe est désormais à un tournant de son histoire. Pour ne pas disparaître, alors que les grands empires semblent être de retour, elle doit être capable de se réformer et de se doter d’instruments supplémentaires. Par exemple, une capacité d’emprunt communautaire sur le modèle du plan de relance Next Generation UE, la préférence européenne sur les biens industriels, etc., afin de maintenir et de créer à long terme des emplois durables et de qualité (notamment dans l’industrie), avec des niveaux de qualification et donc des salaires plus élevés qui contribuent, in fine, au financement de notre modèle social. Cette Europe, que la CFTC appelle de ses vœux, n’est malheureusement que très rarement l’Europe que nous avons sous les yeux. »

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