
Denis Jeambrun, membre CFTC du Comité économique et social européen (Cese), nous livre ses réflexions sur l’intelligence artificielle.
L’intelligence artificielle (IA) est une révolution stupéfiante et rapide*. D’un côté, elle peut produire des effets vertueux, comme des robots humanoïdes qui aideront les personnes âgées ou handicapées. De l’autre, elle peut avoir des effets pervers, comme une surveillance généralisée de la population.
Qu’en est-il pour les travailleurs ?
À court ou moyen terme, les IA génératives permettront de remplacer les personnes, là où cela semblait totalement impossible il y a peu. Par exemple, l’IA permet d’ores et déjà de créer rapidement et facilement du code informatique. D’ailleurs, nombre des plus grandes entreprises du logiciel, de la tech ou du conseil ont déjà licencié massivement pour substituer l’IA à l’humain. Par ailleurs, certains salariés utilisent l’IA sans le dire. Quand le management en prendra pleinement conscience, il pourra augmenter ses exigences : un journaliste qui produit cinq articles par jour devra en produire 10, puis 50, puis peut-être davantage.
À la CFTC, que disons-nous ? A l’instar de la machine à vapeur à l’aube de l’ère industrielle ou du smartphone aujourd’hui, l’IA s’impose à nous. D’une manière ou d’une autre, elle se répandra dans tous les domaines. Alors, ce que nous recommandons aux salariés, c’est de se l’approprier. Les syndicalistes, eux, doivent absolument s’y intéresser pour lutter contre les utilisations malveillantes envers les salariés. L’IA permet aussi d’analyser les accords ou de concevoir des tracts.
Au service de l’Homme
Côté européen, le défi est d’arriver à réguler efficacement l’IA en soutenant ses utilisations vertueuses tout en combattant ses mises en œuvre déviantes.
Dans ses nouveaux objectifs de souveraineté, l’Europe doit aussi encourager la maîtrise de cette technologie. L’IA doit être au service de l’Homme et non l’inverse. Elle doit œuvrer pour le bien commun et non pour des intérêts contraires à la dignité humaine. Enfin, l’IA doit se conformer aux valeurs européennes, et non être manipulée par des grandes puissances ou des milliardaires de la tech.


Pour ce faire, l’UE a adopté « l’Al Act », en complément de la réglementation et des directives existantes. Il s’agit ici de contrôler l’IA, notamment par la transparence des processus d’apprentissage et la supervision humaine. Et de garantir aussi bien les libertés fondamentales que la robustesse des systèmes IA face aux cyberattaques.
*Denis]eambrun est coauteur, avec Hervé Bry, de La grande illusion de l’IA, Éd. de l’Onde
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